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Liberté égalité fraternité








Laurent Wauquiez

Laurent Wauquiez
21/01/10
Le débat sur l’identité nationale ne se réduit pas à l’immigration
Trop souvent, au prix de simplifications abusives, on a focalisé le débat de l’identité nationale sur l’immigration. Or, en réalité, moins de 15% des Français qui ont participé à la discussion initiée par le président de la République évoquent directement cette question. Ils sont bien plus nombreux à se réclamer des valeurs républicaines pour débattre du modèle économique et social qui leur est indissolublement lié. Rappeler ce point essentiel donne un tout autre sens au débat.
Première caractéristique du modèle économique français : l’attachement à l’industrie et l’importance de l’entrepreneuriat familial. Dès le XIXe siècle, ont proliféré en France une multitude de petites structures enracinées dans les départements. L’automobile, l’électricité et l’aéronautique sont trois symboles forts de cette créativité propre au PME, qui a imprégné durablement notre identité. Alors que certains pays comme le Royaume-Uni ont renoncé à leur passé industriel et en paient aujourd’hui le prix fort, la France, comme l’Allemagne, doit maintenir cette identité. La France doit rester terre d’industrie. C’est le sens de la bataille du gouvernement pour l’emploi industriel.
Deuxième marqueur du modèle français : la créativité. Historiquement, le modèle français de développement est fondé sur l’union entre l’usine et le laboratoire. Dès les années 20, les grandes usines, comme Alstom ou Thomson, ont associé activités de production et de recherche. Mais la grande spécificité française en la matière réside dans l’impulsion donnée par les stratégies publiques d’innovation depuis la Libération : aéronautique, TGV, filière nucléaire… Cette capacité créative fait partie du génie français : pour continuer à l’alimenter, poursuivons nos efforts en faveur de la recherche et des technologies vertes.
Troisième trait majeur de notre identité économique et sociale : le rôle régulateur joué par l’Etat pour mobiliser les fruits de la croissance au bénéfice de la solidarité nationale. Cet esprit traverse toute notre histoire, depuis le Conseil national de la Résistance en passant par le gaullisme, jusqu’aux années les plus récentes. Il transcende même les clivages politiques. La volonté de concilier développement économique et modèle social est spécifiquement française. Quand on se bat pour mieux réguler le capitalisme financier au niveau international, pour lutter contre les paradis fiscaux ou pour faire avancer les enjeux du développement durable, c’est ce modèle que l’on défend dans la mondialisation. Dans cette même perspective, une priorité vitale pour notre pays, c’est de tout mettre en œuvre pour redonner leur place aux classes moyennes, qui sont, depuis l’après-guerre, le socle de notre identité.
On le voit : le débat sur l’identité nationale peut être riche de sens. Il mérite mieux qu’une réduction médiocre à la seule question de l’immigration. La classe politique dans son ensemble a le devoir d’élever le niveau et d’élargir la discussion aux questions qui préoccupent le plus nos compatriotes actuellement : Quelle est notre identité économique et sociale ? Comment la faire vivre dans une mondialisation secouée par la crise ? Un tel débat peut nous permettre d’éclairer un projet d’avenir pour notre pays, un projet positif. La politique n’est pas faite pour nourrir les angoisses ou les crispations, mais pour instiller une vision porteuse d’espoir. Notre identité nationale, c’est d’abord cela.
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